Tous les chemins mènent à Rome

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par lomic le Mer 9 Oct 2013 - 21:44

moi juste une estimation de la distance quotidienne, déjà ça m'intéresserait, pas dans une idée de perf ou autre, on s'en fout, mais juste pour avoir une idée de la longueur de l'étape du jour Wink

lomic

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Mer 9 Oct 2013 - 22:04

lomic a écrit:moi juste une estimation de la distance quotidienne, déjà ça m'intéresserait, pas dans une idée de perf ou autre, on s'en fout, mais juste pour avoir une idée de la longueur de l'étape du jour Wink
Wink Je comprends d'autant mieux cette curiosité que j'ai parfois essayé d'évaluer mon parcours.

Je ne suis même pas capable de dire en combien de temps j'ai parcouru chaque étape Suspect 
clown 
Ce que je peux dire c'est que grâce aux heures affichées sur les photos, j'ai pu constater que j'ai parfois "roulé" à moins de 3 km linéaires par heure et parfois à environ 8 km linéaires par heure. Quand je dis "linéaire" je parle, par exemple, de la distance entre deux pointes, c'est à dire une ligne droite tracée sur google earth. Si cette ligne mesure 3 km et que j'ai mis une heure a faire le trajet entre les deux pointes, ca ne signifie pas grand chose au sujet de ma vitesse réelle car je n'ai sûrement pas tiré aussi droit que mon ordinateur, le vent m'a certainement fait dériver et en plus je me suis parfois arrêtée Rolling Eyes 

Disons que je me fixais des objectifs moyens de 30 à 40 km (évalués sur la carte routière) par jour, ceci afin de réussir à "faire rentrer" un "Marseilles-Rome en SUP" dans mon mois de vacances en comptant les aléas météorologiques Very Happy 

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par benjamin.vaurs le Jeu 10 Oct 2013 - 7:44

Chère Joëlle, merci de nous faire partager ton épopée nautique! Nous sommes suspendus à nos écrans dans l'attente de te lire, alors donne-nous aujourd'hui notre récit quotidien et délivre-nous de la monotonie ambiante car c'est à nous qu'appartiennent l'espace, la glisse et la liberté pour des siècles etc...

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Jeu 10 Oct 2013 - 8:54

Jeudi 12 septembre 2013 : Vado Ligure – Genova

Attention aujourd'hui la tartine est longue, attachez bien vos serviettes Smile 

Avant même de partir, j'avais focalisé mon appréhension sur deux passages, celui du golfe de Saint-Tropez à cause du trafic de YTGV (Yacht à très grande vitesse) et celui du port de Gènes à cause de sa longueur infinie. Rien ne m'inquiétais trop sur le suite du trajet Embarassed 

Depuis quelques jours, je voyais Gènes-Genova approcher et j'avais vraiment envie de passer de l'autre côté histoire de m'en "débarrasser" l'esprit.
J'avais l'impression d'être immensément loin de mon but : Rome.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que si je me sens tout à fait capable d'accomplir les projets que je fomente, je n'ai jamais la certitude de parvenir à mes fins... Disons que je reconnais volontiers la puissance de l'imprévisible Wink 
Après avoir croisé le kayakiste venant de Rome, la raison autant que l'arithmétique me laissaient confiante, mais le doute ne s'effaçait pas pour autant. Evidemment, comme je ne disposais pas (à ce jour) d'une carte (autre qu'une carte routière bien imprécise au 1/1 000 000 ) j'évaluais très mal les distances parcourues, d'autant plus mal que les croquis fournis par le Guide de navigation que j'avais emporté était dessinés selon différentes échelles. Visuellement, je parcourais sur ces croquis, parfois 10 cm, parfois 2cm clown et cet aspect "visuel" était pour le moins troublant.

Après avoir posé mon campement en vue du port de Vado Ligure, pas très loin de Savona, confortablement installée dans mon duvet, j'avais fait le point la veille au soir, éclairée par ma frontale.
Gènes ne paraissait plus trop loin.
Dans cette zone et ces jours-ci, la lueur du jour persistait jusqu'à 20h30 précisément.
En partant à 8h de Vado Ligure, je disposais donc de plus de 12h pour dépasser le port de Gènes, c'était envisageable. Le SMS de Michel me faisait part d'une météo qui pouvait convenir.



Ce jeudi matin 12 septembre, la journée s'annonçait aussi chargée que le ciel : le jeu du jour consistait à passer le port de Genova avant la nuit....pirat 

L'avantage avec les départs matinaux, c'est que je pouvais tranquillement "m'échauffer" sur le flat! tongue 
Néanmoins, le long de la digue du port, le ressac était notable.
Juste avant de passer l'extrémité de la digue, j'ai vu sortir un bateau pilote, je me suis retournée : un porte-containers arrivait, je ne l'avais pas vu venir... Ni entendu... J'ai immédiatement ralenti (c'est drôle de parler de ralentissement, vu ma vitesse habituelle!) pour rassurer le pilote Rolling Eyes 
Je souligne que les pilotes ont TOUJOURS été très aimables et qu'ils ont TOUJOURS cherché à me sécuriser sans jamais mépriser mon frêle navire Smile 
L'énoooooooooorme navire est rentré dans le port et j'ai filé vers le port suivant : Savona

Nouveau ressac notable le long de la digue que je ne longeais pourtant pas de très près...

A l'embouchure du port, c'est un bateau de la police qui a surgi, m'a contournée à grande vitesse, avec force vagues sans que je comprenne pourquoi.
Je me concentrais déjà sur la pointe suivante quand un SUPeur entra dans mon champ de vision. C'était Federico, un surfeur, SUP surfeur, papa du joli petit Kay...



Federico est vraiment un gars adorable. Il m'avait vue passer et il s'était précipité sur "sa" plage pour récupérer une planche et "courir" à ma rencontre. Il m'a accompagné, il a pris des photos.



Enfin, il m'a invitée à débarquer sur "sa" plage. Quel ne fut pas mon émerveillement en arrivant au bord : il est venu m'aider à sortir de l'eau, il a saisi comme une plume la planche lestée (oui, oui, avec les bagages dessus) d'un côté et de m'a tendu une main chevaleresque de l'autre! Smile Grande Federico !Smile 
Puis, il m'a présenté sa jolie femme et son extraordinaire fils. Puis, il a demandé "tu veux quoi?" et comme je n'ai sûrement pas demandé assez, il fit préparer une 1/2 douzaine de sandwiches variés, il ajouta des bananes et des canettes... J'étais comblée, boostée à fond...
Il m'a aussi expliqué qu'il était normal que le bateau de police soit venu me tourner autour "On est en Italie, les ports sont très surveillés"... Je n'ai pas tout compris! Sleep 
Et...
Je suis repartie en étant certaine de réussir à poursuivre le jeu lancé le matin même : passer le port de Genova avant la nuit!
cheers 

Je suis incapable de me souvenir de l'endroit où je me suis arrêtée pour me sustenter, c'est dire à quel point mon esprit était accaparé par la participation au challenge que j'avais inventé drunken 
D'ailleurs, je n'ai pris aucune photo après la rencontre avec Federico, sa femme et leur fils. Suspect 

Ce dont je me souviens, c'est qu'en partant de la plage où j'avais rapidement dégusté un des sandwiches offerts, je constatais que le vent était exactement celui que Michel avait indiqué dans le point météo, de vent de travers, il passait vent portant si je tirais au large pour piquer à l'extrémité du port de la ville au loin, très au loin...Genova...

Ni une, ni deux, j'ai visé le large, très au large...

Et quand j'ai senti le vent bien orienté, j'ai visé la terre tongue 
J'ai alors vécu le plus magnifique et le plus formidable parcours au vent portant que je n'avais jamais vécu. Il y avait une belle houle qui me poussait, il y avait un bon vent qui me poussait... C'était juste magique, l'adrénaline dégoulinait, j'étais juste heureuse ; en flashes, je pensais à ce que pouvaient vivre ceux qui se lancent le défi de la M20 qui devait être un endroit dix fois plus infini... Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven 
Impossible de dire combien de kilomètres furent parcourus dans cet état de grâce.

J'ai soudain "trébuché" et je me suis retrouvée projetée vers l'avant, je ne suis pas tombée, j'ai rattrapé mon équilibre d'une main sur le sac accroché devant...
"Toi, ma fille, tu es fatiguée" ai-je pensé... Et j'ai déballé le lait concentré... Et je suis repartie gaillardement.

Pas très loin, bis repetita Suspect 

Ce n'était donc ni la fatigue, ni une hypoglycémie... pale 

affraid "le ressac de la digue du port (et de l'aéroport) de Gènes se fait parfois sentir à plus d'un mile de la côte" était-il écrit dans le guide de navigation... Arghhhhhh... Je n'avais aucune idée de la distance qui me séparait de cette foutue digue, mais il était évident que le ressac était responsable...

A partir de ce moment, ralentie je fus. Et une Joelle qui ne va pas vite en chevauchant sa planche chargée n'avance VRAIMENT pas vite Sleep 
Du coup, le vent me poussait vers la digue sans que je n'arrive plus à me diriger vers la sortie du port. Devant autant de "vent contraire", je m'inclinais... A genoux je pagayais Basketball 
Plus j'approchais de la digue, plus le ressac devenait spectaculaire.

Je peux affirmer que je me suis fouetté le mental plus d'une fois et avec grande force "ALLEZ cocotte, ALLEZ, ALLEZ, c'est possible, il fait encore jour, tu vas y arriver" etc... etc...drunken drunken 

Je me sentais minuscule et grande en même temps.

Je ne voyais plus du tout le paysage quand j'étais dans le creux de ce gigantesque clapot.
Parfois je voyais une montagne (il en faut peu pour que je vois une montagne scratch ) arriver d'un côté et la même arriver exactement de l'autre côté affraid 
Parfois à l'instant précis ou les deux montagnes se rencontraient, j'étais perchée sur un volcan pointu qui crachait son écume drunken 

J'essayais de noter mon avancement en prenant des alignements. J'avais parfois l'impression de ne pas avancer du tout et puis soudain, l'apparition d'un bâtiment nouveau me prouvait que j'avais bien changé de place.



J'avais enfin dépassé la digue en béton brute de l'aéroport, sur quelques centaines de mètres, il y avait des enrochements qui amortissaient un peu le ressac... Pfiouuu, presque de quoi souffler : une goulée de lait concentré et hop : béton brut à nouveau. Je restait autant que possible à distance, je ne me suis jamais approchée à plus de 300m du mur...

Et finalement, j'avançai plus facilement.



Comme une délivrance, je voyais enfin la fin du mur.

Soulagée j'étais.
Debout, je reprenais de la hauteur
Du coup ma pagaie devenait plus forte, mon corps devenait plus tonique et le mental s'emballait et je retrouvais tout mon entrain habituel et j'avançais vraiment à vue d'oeil. Il faisait encore jour... cheers 

J'ai regardé derrière sans voir le moindre navire.
J'ai regardé devant sans voir le moindre navire.
J'ai regardé DANS l'embouchure du port sans voir le moindre navire.
J'ai traversé.
J'ai visé, en face, les plages...

Le jour faiblissait.
Un voilier se hâtait pour entrer au port, il avait déjà allumé son feu de mât. Ses passagers saluèrent mon passage, amicalement Smile 

20h sonnait aux clochers, je touchais terre. J'avais gagné. Je regardais le ciel.
L'instant était délicieux, infiniment bon, incroyablement fort.
sunny 



C'est alors seulement que je me retournais pour regarder d'où j'arrivais.

Un bateau de passagers sortait, illuminé, puis un autre, puis un troisième...

Morale du jour : Quand un bateau passe avant toi le matin, des bateaux passent derrière toi le soir venu.

tongue 

A suivre...

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par supridersuisse le Jeu 10 Oct 2013 - 15:24

Salut,

Une petite musique pour accompagner


http://www.youtube.com/watch?v=otJY2HvW3Bw





"Maintenant Suzanne prend ta main
Et te conduit à la rivière
Elle est vêtue de haillons et de plumes
Venant des guichets de l'Armée du Salut
Et le soleil coule comme du miel
Sur notre dame du port
Et elle t'indique où regarder
Au milieu des déchets et des fleurs
Il y a des héros dans les algues
Il y a des enfants dans le matin
Ils s'inclinent par amour
Et ils s'inclineront ainsi pour l'éternité
Pendant que Suzanne tient le miroir


Et tu veux voyager avec elle
Et tu veux voyager les yeux fermés
Et tu sais que tu peux lui faire confiance
Car elle a touché ton corps parfait avec son esprit"


study 


supridersuisse

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par evasion le Ven 11 Oct 2013 - 7:34

supridersuisse a écrit:Salut,

Une petite musique pour accompagner


http://www.youtube.com/watch?v=otJY2HvW3Bw





"Maintenant Suzanne prend ta main
Et te conduit à la rivière
Elle est vêtue de haillons et de plumes
Venant des guichets de l'Armée du Salut
Et le soleil coule comme du miel
Sur notre dame du port
Et elle t'indique où regarder
Au milieu des déchets et des fleurs
Il y a des héros dans les algues
Il y a des enfants dans le matin
Ils s'inclinent par amour
Et ils s'inclineront ainsi pour l'éternité
Pendant que Suzanne tient le miroir


Et tu veux voyager avec elle
Et tu veux voyager les yeux fermés
Et tu sais que tu peux lui faire confiance
Car elle a touché ton corps parfait avec son esprit"


study 


Très belle chanson, très connu, laisse rêveuse, musique douce, à écouter sans modération I love you 

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Ven 11 Oct 2013 - 8:31

Smile Merci Supridersuisse, tu m'a permis de redécouvrir ce poème (initialement ce fut un poème) de Cohen (aaaaahhhhhh, Cohen... Tout une époque) et d'aller écouter la version française de Graeme Allwright Smile (Tout un univers lui aussi)
Super cadeau, donc! Smile 

Vendredi 13 septembre 2013 : Genova – Sestri Levante (http://www.lnisestrilevante.it)

Attention, journée touristique, ouvrez les mirettes!



Après avoir tardé à trouver le sommeil (certainement sous l'effet d'un certain nombre de drogues physiologiquement distillées en très grande quantité la veille Rolling Eyes ) je me suis hâtée doucement dès le réveil.

D'après les pages du guide, j'étais officiellement entrée dans la "Riviera du Levant" et je n'avais guère plus d'indications touristiques. Je découvre en écrivant ce billet que j'allais entrer sous peu dans le "golfe du Paradis"Embarassed 
De manière générale, je ne suis pas du genre qui apprend par coeur et à l'avance "les trucs à voir et leur histoire". J'aime garder un regard libre, c'est une main tendue pour l'émerveillement, les surprises, les lumineuses découvertes de "petits riens" et de fait j'évite les déceptions... Dépourvue d'internet et de toute source d'information historique, j'étais donc dans les conditions idéales pour "faire comme d'habitude" Rolling Eyes



D'emblée, le paysage était TRES différent de ce qu'il avait pu être avant Gènes. J'avançais tranquillement, je voyais des cartes postales et j'essayais de prendre des photos qui ne leur ressemblent pas, je n'étais pas du tout pressée. Le fait d'avoir dépassé le port qui m'inquiétait avait largement ouvert la porte vers Rome et j'étais certainement encore sous l'effet de drogues euphorisantes auto-produites. Le ciel bleu et le soleil étaient au rendez-vous. La mi-septembre ayant éliminé la masse des estivants, la Riviera n'était que luxe, calme et volupté.

(in "L'invitation au voyage" de Baudelaire
"Là, tout n'est qu'ordre et beauté
Luxe, calme et volupté")







J'ai fait la pause déjeuner au pied de l'Abbaye de San Frutuoso (images précédentes) dans un décor de rêve.







J'ai rempli mon garde-manger dans la belle cité de Chiavari.
J'avais atterri sur la plage sans avoir la moindre idée de l'endroit où j'étais, vous avez sûrement remarqué que jamais aucun panneau n'indique le nom des villes côté mer! tongue 
J'avais visé pile poil au milieu d'une plage privée parce que TOUTES les plages du coin étaient privées et qu'en arrivant au milieu, je tombais inévitablement sur le "sauveteur" de service à qui je pouvais demander l'autorisation de stationner Basketball 
Entendant ma demande le gars me toisa et hésitait quand une dame allongée sur un transat tout proche lui fit signe de la tête qu'elle était d'accord. cheers 
Enhardie, après avoir tout débarqué, j'allais la remercier et je lui expliquais la raison de ma présence incongrue dans ce cadre préservé.
Elle a aussitôt répliqué qu'elle avait bien vu d'emblée que je n'étais pas une de ces va-nu- pieds qui troublent l'ordre... Wahoooooo scratch Like a Star @ heaven 
Elle m'indiqua le "mini-market" du coin et sans sandales ni pantalon derechef, j'y allais Smile 
Impressionnante cette ville version "luxe, calme et volupté" toutes dimensions... J'ai adoré y passer, comme tombée d'une autre planète, absolument transparente dans le regard des "gens biens"...



De retour sur la plage, la dame qui m'avait accueillie partait, elle me demanda d'aller saluer le tenancier, elle l'avait averti de mon passage et il voulait faire ma connaissance. Le gars aurait certainement souhaité que je m'assoie, que je prenne un café, que je discute, mais mon italien étant ce qu'il est (c'est à dire qu'il n'est pas du tout) et l'heure d'avancer étant pointée dans mon esprit parfois rigide, je me suis excusée et j'ai pris le large...

En vue de la pointe d'après, je n'ai pas eu envie d'aller voir "derrière", il me semblait que cette petite journée touristique était suffisante après l'épopée de la veille et je visais la côte.

Emerveillée, enchantée, je me laissais subjuguer par ce que je voyais : au creux de la baie il y avait un village comme un bijou dans un écrin. La lumière du soir ajoutait sa touche de magie.
Comme j'avançais délicatement, sur la pointe de la pagaie, afin de ne troubler ni le calme, ni la surface de l'eau devenue d'huile, j'ai vu deux filles qui mettaient leur bateau (aviron) à l'eau. C'est vers elles que je me suis dirigée, c'est sur leur plage que j'allais dormir. J'ai été super bien accueillie! cheers 
Après une douche chaude, j'ai organisé mon nid sous les bateaux.





A suivre...


Dernière édition par joelle le Ven 11 Oct 2013 - 16:18, édité 2 fois (Raison : Mise en ligne du lien du Club Nautique qui m'a accueillie)

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par lomic le Ven 11 Oct 2013 - 8:39

wouaaa on est gâtés pour les photos, super!

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Sam 12 Oct 2013 - 7:02

Samedi 14 septembre 2013 : Sestri Levante – Porto Venere (île de Palmaria)

Dès le réveil, une pensée me traversa : il faudra bientôt que je demande à Michel de me préciser où est situé le milieu du parcours. Sleep  Il me semblait en être encore loin. Après moins de deux semaines d'aventures, j'avais encore du temps devant moi.

D'après ce que m'avaient dit les « rameuses » de Sestri Levante, la journée à venir me promettait une nouvelle balade touristique.



Après un peu plus de deux heures d'avancée, la faim se fit sentir. Sous le regard d'une mouette j'ai pausée à Punta Rospo (Moneglia) et je me suis royalement offert un cappuccino en dessert.



J'ai contourné des caps, j'ai pagayé au loin de falaises abruptes. Partout, des villages sont sertis. Sur le velours émeraude, ils sont parfois rubis, parfois topazes...



Partout des zones abritées attirent les bateaux, pendant le rush estival, ces "parkings sauvages" sont certainement "débordants"



Arrivant en vue de Monterosso, il était temps de s'arrêter à nouveau. Je voyais au loin les "bateaux-navettes à touristes" longer la côte, je n'avais pas envie de m'approcher davantage, j'ai donc trouvé un coin « juste pour moi », heureuse une fois de plus de voyager avec ce drôle de navire qui se gare partout !
Loin du monde, tout à loisir, j'ai profité du paysage...



Malgré tout...
Quelque chose me disais qu'il ne fallait pas mollir.
Quelque chose me disais qu'il fallait avancer sous le soleil.

De pointe en creux, de creux en pointe je traçais ma route, levant le nez souvent, ce sont sutout les falaises que je regardais. Passer par ici ce samedi était une chance, c'était presque tout à fait calme.
Le crépuscule se dessinait, les rochers commençaient à flamboyer.
Je voyais les derniers bateaux me doubler, filer à la hâte vers leur abri.
Ne sachant absolument rien de la configuration de la zone, je n'avais aucune idée de l'heure à laquelle j'allais arriver, je me faisais à l'idée de circuler de nuit.

Quelque chose me disais qu'il ne fallait pas bivouaquer dans une crique.
Quelque chose me disais qu'il fallait aller jusque dans un port...

Et tout d'un coup, j'ai vu le château.
On m'avait dit que c'était beau.
C'était magnifique.
Plus j'approchais et plus il devenait magique.



Un dernier petit canot à moteur me doubla et je vis qu'il « rentrait » dans un « canal », à cet instant j'ai compris, qu'il serait inutile de contourner la pointe, il y avait un passage, juste avant, au pied des remparts.
Le passage fait 150 m de large à l'entrée, on a vraiment l'impression de rentrer dans un canal et à l'instant où on y est, après deux coups de pagaie, la baie s'ouvre et s'offre et c'est presque incroyable.

J'y suis arrivée au coucher du soleil exactement.
Fascinée, je suis entrée dans Porto Venere.
Les lumières s'éclairaient et illuminaient le plan d'eau.
Au loin, les villes côtières formaient un diadème scintillant autour des berges devenues invisibles.
A gauche, l'île que je n'avais pas eu besoin de contourner (Je comprenais à ce moment que c'était une île)
Il y avait de la musique dans toutes les guinguettes, sur tous les bateaux... Samedi soir oblige.
J'ai choisi de m'orienter vers l'île, vers une zone sombre d'où ne sortait aucun bruit.
J'ai débarqué quasiment sous le panneau qui indiquait la zone de réserve naturelle.
La nuit commençait à prendre le pas sur les derniers éclats solaires.



J'ai pensé que le lendemain, je serai enfin orientée « comme chez nous », c'est à dire que le soleil se coucherait sur la mer...

Je me suis endormie après avoir lu le SMS de Michel, faisant le point météo avec les prévisions pour le lendemain.
Le calme avait envahi l'espace, le clapoti de l'eau sur la berge était presque imperceptible. Dans le ciel clair, les étoiles s'allumaient une à une.





A suivre...

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par evasion le Sam 12 Oct 2013 - 7:51

joelle a écrit:Samedi 14 septembre 2013 : Sestri Levante – Porto Venere (île de Palmaria)

Dès le réveil, une pensée me traversa : il faudra bientôt que je demande à Michel de me préciser où est situé le milieu du parcours. Sleep  Il me semblait en être encore loin. Après moins de deux semaines d'aventures, j'avais encore du temps devant moi.

D'après ce que m'avaient dit les « rameuses » de Sestri Levante, la journée à venir me promettait une nouvelle balade touristique.

(...)

A suivre...
très belles photos. Votre récit me fait voyager tous les jours. Merci à vous.

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par lomic le Sam 12 Oct 2013 - 8:17

super CR Smile

@evasion : p'têt pas la peine de citer l'intégralité du post Wink

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par evasion le Sam 12 Oct 2013 - 9:18

lomic a écrit:super CR Smile

@evasion : p'têt pas la peine de citer l'intégralité du post Wink
OK Iomic:) 

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Sam 12 Oct 2013 - 11:24

De retour après une session presque fraîche... Pfiouuuuuu
Merci Lomic et Evasion, c'est cool d'avoir vos retours :-)

Et... J'ai raccourci la citation, c'est plus lisible ;-)

Bonne journée à tou(te)s

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par evasion le Sam 12 Oct 2013 - 12:29

Bonne journée à vous Joëlle.
Je serai très heureuse de vous rencontrer, votre parcours me fascine.
A bientôt.
Martine.

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par jipé le Sam 12 Oct 2013 - 21:24

Magnifique ce périple et si joliement raconté...on suit les épisodes baigné par les anecdotes et éclairé par les images ...encore bravo pour cette audacieuse liberté qui donne une de ses lettres de noblesse au SUP via une formidable ambassadrice ! bise Joelle et à bientôt en terres finies...Wink

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Dim 13 Oct 2013 - 8:17

Dimanche 15 septembre 2013 : Porto Venere (Isola Palmaria) – Lerici (Club de voile)

Avant l'aube, dans l'instant qui précède le véritable réveil, j'ai perçu très nettement que la chanson des vaguelettes dans les galets n'était plus celle de la veille  au soir.
Malgré l'abri de la végétation, de temps en temps la toile de tente s'ébrouait bruyamment, parfois, elle claquait sèchement.
Je pensais me laisser bercer encore un peu.
Mais, je sentais bien que tout « ça » n'augurait rien de bon du côté de la météo. Michel avait écrit dans son sms du soir : « Italie zone côtière 4, vent SW puis WSW 5 Bft localement 7 au sud de la zone, activité orageuse, mer assez agitée, houle de WSW 1,6 m. » (http://www.forumdesup.com/t8042p30-tous-les-chemins-menent-a-rome#87032)

Donc..., sans attendre davantage, je passais de la somnolence à la vigilance totale. Attrapant la frontale d'une main, je l'allumais tandis que je tatonnais de l'autre pour trouver la carte.  Dans le même élan, une évidence s'imposait : il fallait que je sorte de l'île au plus vite, pendant que c'était encore navigable. Je ne voulais pas prendre le risque de rester coincée toute la journée à cette endroit là.

Il y a un « truc » en Méditerrannée que nous n'avons pas en Atlantique (en raison des marées), ce sont les digues protectrices. En Italie, il y a des digues pour protéger les plages afin qu'elles ne soient bordées que par des plans d'eau parfaitement lisses.
Je découvrais que le  guide de navigation signalait une digue en travers de la baie de La Spezia ; une digue longue de plus de 2km (bien visible sur la carte google) qui protège parfaitement la baie des vents de Sud et de la houle. Pour « m'échapper » j'avais donc une solution : aller chercher la digue (vent portant), la longer à l'abri de la houle (et probablement bien coupée du vent) et une fois la baie traversée, profiter de l'abri de la côte pour avancer le plus loin possible.



J'ai plié la tente bien humide.
Je suis partie, au jour tout juste levant.
Je ne me suis pas retournée.
Le temps pressait.
Le ciel était menaçant.
Les lumières s'éteignaient une à une.

Comme prévu, en longeant la digue de très près, j'étais parfaitement à l'abri. Parfois, les embruns éclaboussaient par dessus, mais la mer n'était pas encore très forte, le vent était environ 4bft, pas plus.
Au fond, la ville dormait encore.



Comme prévu, l'échancrure de la côte « en face » m'apporta une bonne protection, la navigation était facile. Une heure après mon départ, je passais San Terenzo.

En longeant les plages de Lerici, des plages comme toutes celles qui m'avaient accueillie jusqu'ici, je n'était pas convaincue, je ne m'y voyais pas « coincée » pour toute une journée.
J'ai tenté le port, j'ai essayé entre les travées de bateaux, j'ai regardé partout dans l'espoir de viser un point où atterrir, histoire de passer la journée en ville. A ce moment, j'avais dans l'idée de retourner sur une plage, le soir, pour dormir. Je ne voyais rien de satisfaisant. Je me dirigeais donc vers la capitainerie, il semblait y avoir un recoin accueillant juste à côté.
J'ai amarré la planche à un bout qui pendouillait au ponton et j'ai débarqué.
Un homme s'affairait au milieu des « Optimist » et autres dériveurs rangés, empilés en bon ordre devant un atelier. L'heure était matinale et le quai, déjà balayé par les bourrasques, était quasi désert. Ayant toujours reçu un bon accueil dans les clubs de voile, je m'approchais hardiment.
« Bonjour, parlez-vous anglais ?
- Oui, un peu
- Je viens de Marseilles avec la planche là-bas (je lui montrai du doigt Rolling Eyes ). Cette nuit j'ai dormi sur l'île Palmaria, à Porto Venere, j'arrive ici et je pense que la météo n'est pas très favorable pour aller plus loin...
- Vous êtes partie de Marseilles, avec "ça" ?... ?...(un grand sourire) Soyez la bienvenue, je parle français aussi (...) »
Son français était excellent, nous avons bavardé, parlé bateau et navigation... J'ai su en fin de journée que c'était le président du club de voile. Il se préparait en vue d'une régate d'habitables. Les Sociétaires de ce club très huppé sont de véritables marins, ils ont participé à la régate, dans les conditions bien mauvaises de ce dimanche, entre les averses "comme vache qui pisse" et les rafales qui parfois montaient à 30 noeuds (donc le 7 bft annoncé...)
Et voilà comment, après un capuccino d'accueil au club house, après une douche chaude, habillée en tenue de ville et correctement chaussée, je suis partie à la découverte de la citée avant que le ciel ne nous tombe sur la tête pour de bon scratch .




Il y avait encore quelques trouées lumineuses...



Puis, presque plus...



Après deux heures de marche, après avoir visité une librairie, une église et un café, n'arrivant pas du tout à me réchauffer, j'ai pris la direction du Club pour ajouter une couche au mille-feuilles qui m'emballait pourtant Suspect puis j'ai erré encore, visitant le super-market et essayant de trouver l'appétit en explorant les menus pour touristes...Embarassed 

La luminosité était proche de zéro.
Le vent passait, tourbillonnant, entrainant dans sa course la pluie et l'écume en gifles d'humidité.
J'ai passé l'après-midi au Club House, sirotant du thé, décortiquant les journaux locaux, conversant tant bien que mal avec "la patronne" du lieu...
En fin de journée, le jour reprenait de la vigueur. Nous en avons profité pour faire une photo souvenir, entre deux averses... Wink 



Puis, bienveillants, les "marins" et leur président décidèrent qu'il ne fallait pas que je parte, que je pouvais très bien dormir dans le Club-House...  L'idée était plaisante, il fallait seulement trouver une solution pour que je puisse partir le lendemain (je déteste me sentir enfermée et le Club semblait pouvoir se fermer comme un coffre-fort affraid )
Finalement l'affaire fut conclue, il y avait une sortie de secours... Il fallait seulement que je sois prudente pour que la porte ne claqua point avant que tout mon matos ne soit dehors! tongue 
Top là!



Sur la verrière, les toiles claquaient, dans le port le cliquetis des haubans restait constant. Des flaques sur le carrelage témoignaient de la puissance des grains du jour.
Je vidais mes sacs.
J'étalais tout ce qui pouvait l'être
Je vérifiais
N'étais-je pas environ à mi-parcours ? (et oui... J'avais acheté une carte un peu plus lisible...pirat )
La nuit était là.
J'espérais fort ne pas moisir ici...

A suivre...

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par lomic le Dim 13 Oct 2013 - 8:37

il tombe bien ce club-house Very Happy

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Dim 13 Oct 2013 - 8:59

lomic a écrit:il tombe bien ce club-house Very Happy
Smile 

Oui...
Toute autre manière de dire serait faire une part trop belle à l'intuition qui se développe (probablement Suspect / peut-être Rolling Eyes fortement Question ) au jour le jour dans ce genre d'aventure! tongue

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par Olivier Drut le Dim 13 Oct 2013 - 18:36

Merci Joëlle de continuer à nous faire rêver Smile

Dans la même veine, je recommande le numéro 231, spécial mer, de Canoe Kayak mag, plein de sujets qui font rêver, celui sur l'île de Milos Grèce notamment.

http://www.outdoor-editions.fr/catalog/product_info.php?products_id=218

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Lun 14 Oct 2013 - 6:04

Olivier Drut a écrit:Merci Joëlle de continuer à nous faire rêver Smile

Dans la même veine, je recommande le numéro 231, spécial mer, de Canoe Kayak mag, plein de sujets qui font rêver, celui sur l'île de Milos Grèce notamment.

http://www.outdoor-editions.fr/catalog/product_info.php?products_id=218
Merci pour le lien...
L'Erdre, la Loire... C'est pas tout à fait inconnu... la Grèce par contre... Wink 
Un peu court pour un prochain trip le tour de l'île de Milos, mais ça fair rêver quand même Rolling Eyes je cherche déjà des pistes pour l'année prochaine Embarassed 


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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Lun 14 Oct 2013 - 6:40

Lundi 16 septembre 2013 : Lerici (Club de Voile) - Viarregio (gazon municipal)

Voilà deux semaines que je raconte Smile 

Le lundi 16 septembre, l'épopée avait débuté depuis deux semaines. J'en étais approximativement à mi-parcours. J'avais théoriquement le temps d'arriver à Rome dans le mois que je m'étais offert, mais il ne fallait pas trainer et la météo ne jouait plus vraiment le jeu.

Néanmoins, ce lundi à l'aube, j'entendais un silence relatif. Le vent était tombé, il était temps de reprendre la mer.

Je suis sortie par la porte de secours avec mes sacs et pagaies, j'ai consciencieusement refermé derrière moi le portail en inox de la terrasse, j'ai verifié le verrouillage, noté la mise en service de l'alarme, j'ai récupéré ma planche (elle avait dormi au milieu des dériveurs) et hop, j'étais à nouveau sur l'eau.
Il est impossible de décrire le sentiment de liberté que je ressentais !
Le ciel était relativement clair, le vent juste caressant.

Dès la sortie du port, une belle houle ronde m'accueillait, elle était parfaitement orientée. La mer était verte, comme en souvenir des accès de colère de la veille.
J'ai parcouru les premiers kilomètres "à toute vitesse" et sans le moindre effort.

Au niveau de Carrare, j'ai noté que même les falaises étaient en marbre.clown 



J'ai noté aussi que la côte rocheuse s'arrêtait et que l'embouchure de la rivière marquait une « frontière ». De l'autre côté, la côte était basse, visiblement sablonneuse.



Je me suis réjouie.
«  C'est la fin du ressac le lond des falaises » ai-je pensé. J'avais si souvent été ballotée par le ressac ! J'avais si souvent eu l'impression de naviguer pendant qu'un grand géant invisible s'amusait à « touiller » la mer de manière absolument anarchique. La pensée d'en avoir terminé était euphorisante.
D'ailleurs, je filais bon train.
La grosse houle ronde m'offrait une succession de toboggans.
Je n'en finissais pas de glisser et c'était délicieux.

Le vent s'affirmait cependant, de plus en plus de travers et la houle suivait scratch 
En restant suffisamment au large, j'étais à l'abri du déferlement des vagues.
Au bord, il y avait des surfeurs. En petit groupes, comme autant de points de suspension, ils ponctuaient le paysage monotone.

Il devenait évident que s'il était possible d'envisager un atterrissage en catastrophe, il était vain d'envisager un décollage à suivre. Je n'avais pas d'autre choix que d'avancer.

La lecture des zones de déferlement m'indiquait précisément les hauts-fonds et c'est en zig-zag que je longeais la plage... De loin.

Quand j'ai aperçu un phare, posé sur l'horizon brumeux, j'ai concentré toute mon attention vers lui.
De vert, la mer était passée à vert de gris, remuant inlassablement le fond sablonneux, le long de l'interminable plage, infiniment plate et grise.

Il restait plusieurs kilomètres à tirer. J'avais plusieurs fois sorti le tube de lait concentré, m'abreuvant de nutriments à dose presque homéopathique dans l'attente de pouvoir me restaurer plus efficacement. Il n'y avait pas d'autre solution que d'aller droit devant, vers le phare. Quand j'ai vu un très joli yacht sortir du port, quand je l'ai vu mettre les gaz et filer à toute vitesse vers le nord, je me suis dit que c'était quand même une drôle d'idée d'aller se promener par ce temps... drunken 

Enfin l'entrée du port était là. Sur la digue, il y avait du monde. Sur ma gauche, les vagues déferlaient. Sur ma droite, la digue faisait lever une belle vague, déferlant elle aussi, dans un jaillissement d'écume. Au milieu, il y avait un passage, il me restait plus qu'à bien viser, avec le bon tempo et hop, hop, j'étais certaine de réussir une arrivée digne sous l'oeil forcemment admiratif de la foule en délire (oui, oui, moi aussi j'ai parfois parfois un égo surdimentionné!) clown 
Las...
Une coup de trompe interrompit mon rêve.
Je me retournais et horreur, le yacht que j'avais vu sortir était à mon cul, à toute vitesse! Suspect   Il visait lui aussi l'entrée du port affraid 

Vite, vite, vite, je m'écartais vers le large, faisant fi de mon cap idéal.

Wahooooo, les passages successifs du yacht (qui avait à peine ralenti) et de sa vague me mirent à genoux.
Estomaquée, je le regardais virer en dérapage, freiner, puis glisser sur son élan.
Ce n'est que plus tard, en découvrant l'ensemble du chantier naval qui occupe le port, que j'ai compris : il s'agissait vraissemblabement d'un simple essai "in live"! Sleep 

Vite, vite, il fallait que je me ressaisisse pour entrer dignement. Il était encore temps de viser le centre entre deux séries de vagues.
Quelques coups de pagaie plus loin, j'étais à l'abri, encore quelques coups de pagaie et j'étais au ponton.
Il était grand temps de me sustenter avec quelque chose de solide !
Le vent montait encore d'un cran.
A la sortie du port, il y avait maintenant une barre. L'entrée était fermée, la sortie... aussi...



Nous étions en début d'après-midi, je n'étais pas du tout fatiguée.
Pourtant ma route semblait devoir s'arrêtait à Viarregio ce jour là. study 

Alors, pour passer le temps, je me suis aventurée et j'ai suivi le canal de Burlamacca pour pénétrer la ville. Au retour, j'ai amarré ma planche à couple d'un bateau (visiblement à l'abandon) pour mettre pied à terre. J'ai regardé la plage, j'ai regardé vers le large...



ET... j'ai cherché un coin pour dormir.

C'est finalement sur le gazon municipal, sous le nez de la capitainerie, de la douane et de la police, que dès la tombée du jour, je me suis plantée au milieu des arbustes décoratifs flower 



A suivre...

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par Olivier Drut le Lun 14 Oct 2013 - 7:11

joelle a écrit:  la Grèce par contre... Wink 
Un peu court pour un prochain trip le tour de l'île de Milos, mais ça fair rêver quand même Rolling Eyes 
D'autant qu'une légende raconte que la Vénus de Milo (ou Milos) est en fait représentée en train de ramer debout, et que si ses bras n'avaient pas été perdus le SUP aurait été redécouvert beaucoup plus tôt.

On note qu'elle était regular.

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par RichardC le Lun 14 Oct 2013 - 14:35

Olivier Drut a écrit:
joelle a écrit:  la Grèce par contre... Wink 
Un peu court pour un prochain trip le tour de l'île de Milos, mais ça fair rêver quand même Rolling Eyes 
D'autant qu'une légende raconte que la Vénus de Milo (ou Milos) est en fait représentée en train de ramer debout, et que si ses bras n'avaient pas été perdus le SUP aurait été redécouvert beaucoup plus tôt.

On note qu'elle était regular.
Quel post culturel, merci... clown 

Joelle, tu image un trip comme le tient mais en atlantique avec les marées en plus a gérer ?

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par benjamin.vaurs le Lun 14 Oct 2013 - 15:33

Le petit bonheur du Lundi : lire le récit de 3 étapes d'un coup!!! Encore bravo et merci à toi, Joëlle!

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

Message par joelle le Mar 15 Oct 2013 - 7:55

Mardi 17 septembre 2013 :  Viarregio « journée dépression »

Avant même de donner le premier coup de pagaie, j'avais imaginé avoir besoin de contourner certains endroits. J'avais imaginé avoir besoin de quelqu'un pour passer le golfe de Saint-Tropez, j'avais imaginé avoir besoin d'une solution terrestre pour passer le port de Gênes. Je n'avais jamais imaginé me sentir prise au piège dans un coin où les surfeurs affluaient de toute part. Rolling Eyes 
Depuis dimanche matin (où je fus bloquée à Lerici), je rêvais de trouver une possibilité pour aller directement à Livourne. Impossible d'expliquer pourquoi, mais il est un fait que j'avais comme une sourde impression : cette météo pourrie était liée à la géographie du coin. pale 

C'est sur ces pensées que je m'étais endormie. C'est avec ces pensées que je me réveillai, à l'heure où s'éteignirent les lampadaires.

Après m'être vivement secouée pour « libérer » le gazon municipal, après avoir rangé la planche sous un buisson et les sacs sous la planche, après avoir attaché les pagaies avec l'ensemble, je suis partie voir la plage.





Puis, comme tout un chacun, je suis passée à la boulangerie et au café afin d'attaquer ma journée dans les meilleures conditions.

Michel avait écrit : http://www.forumdesup.com/t8042p30-tous-les-chemins-menent-a-rome#87121
"La météo ne s'arrange pas, une dépression est sur le golfe de Gênes.
Demain matin vent nord force 5 et localement 6 avec houle de 2,4 m, l'après-midi NW force 4 et houle WSW 1,9m "

A la capitainerie, le bulletin météorologique confirmait le SMS de Michel. Et en interrogeant à droite comme à gauche, il me fut dit que rien ne changerait avant deux ou trois jours.
Voilà ce que je viens de lire ici :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Viareggio
« Les vents principaux viennent du sud-est, les vents de sud-ouest et d'ouest qui soufflent durant deux ou trois jours de suite causent de violentes tempêtes maritimes »

J'aurais donné cher pour sortir de ce coin. santa 

J'ai erré toute la journée.
J'ai longé les alignements de plages privées où les employés nettoyaient les atteintes de la tempête.
J'ai parcourue l'interminable avenue marchande où déambulaient de rares touristes.
J'ai trainé du côté du port où se construisent les yachts les plus prestigieux.
J'ai découvert des rues pleines d'ateliers au service des chantiers, des rues ouvrières et travailleuses où les bars sont les espaces « à vivre ».

Puis...

Je me suis installée sur « mon » banc.
J'ai observé le va et vient des surfeurs. Invariablement, ils descendent à la hâte de leur voiture, invariablement, ils en partent au pas de course, short-board ou malibu sous le bras et invariablement, ils reviennent très lentement, semblant plongés dans d'insondables pensées, tête presque basse. Ils se changent infiniment lentement, avec maintes précautions. Puis ils montent en voiture, branchent la "musique" à fond et démarrent en trombe ! Wink 

J'étais sur « mon » banc. (c'est fou comme on s'approprie vite le moindre espace! Laughing )
La journée touchait à sa fin et je m'étais moulée dans l'idée de rester ici. Pise n'était pas si loin, afin d'éviter de moisir, je pouvais envisager de faire un peu de tourisme en train, après une journée de dépression profonde, j'avais repris du poil de la bête et de l'entrain en quantité suffisante pour aborder paisiblement une ou deux journées « immobiles »

Et il est arrivé cheers 
Quelque chose était différent chez lui, une zenitude particulière peut-être.
Il commença par s'étirer consciencieusement, tranquillement, gardant un oeil attentif vers tout ce qui se passait autour.
Il jeta plusieurs fois un regard en direction de la planche qui dépassait du buisson.
Comme il roulait une petite clope, je décidais de tenter une petite conversation.
Comme je lui expliquais mon trip et ma situation « météorologique », il répondit sobrement :
« Je téléphone à un ami de Livorno » L'ami ne répondait pas, il devait encore être en train de surfer...
« Bon, je vais manger maintenant, je travaille ce soir. Je vais le rappeler, je te dis quand je reviens à la voiture »

C'était une conversation parfaitement surréaliste. Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven Like a Star @ heaven 

Il revint avant que je n'aie commencé à installer mon campement. (Il y avait foule sur la terrasse du Club Nautique et je ne souhaitais pas jouer la provoc en plantant ma tente presque sous le nez de tous ces gens "biens" clown ).

Directement et droit dans les yeux, il s'adressa à moi :
« J'ai eu mon copain, je vais demain matin à Livorno, je t'emmène. 7H30 ici, tu seras là ? 
- Oui, je dors là. Je serai là.
- Tu dors ici ?
- Oui.
- Sérieusement?
- Oui, où veux-tu que je dorme?
- Alors à demain »

Et hop, il était parti.

Incroyable !



Je me suis endormie en me promettant d'être prête à l'heure dite. Et si ce n'était qu'une blague, s'il ne venait pas, j'avais décidé d'aller à Pise voir la tour qui penche !
J'étais enfin parfaitement sereine. sunny 

A suivre...

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Re: Tous les chemins mènent à Rome

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